[Agroalimentaire] Les industriels militent pour une loi dure à l’encontre de la grande distribution

Les chiffres sont parfois trompeurs. Le chiffre d’affaires de l’industrie agroalimentaire française a progressé de 3,9% en 2017 à 180 milliards d’euros tandis que les emplois directs progressaient de plus de 1% à 429 079 salariés. Pourtant, ces chiffres cachent une réalité moins brillante que dénonce l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA) ce mardi 20 mars 2018.

« L’industrie agroalimentaire est le premier secteur industriel français et le premier employeur, rappelle Jean-Philippe Girard, son président. La filière compte 17 647 entreprises, dont 98 % de TPE/PME et 500 000 exploitations agricoles versus 4 centrales d’achats qui se partagent 92,5% du marché. Nous sommes dans une guerre des prix entre ces centrales. Et comme l’a dit le Président de la République, des « prix abusivement bas », c’est-à-dire un prix qui ne tient pas compte de l’amont. »

Car cette hausse du chiffre d’affaires est à rapprocher de la hausse des prix des matières premières qui ont augmenté de 65% au cours des dix dernières années quand les prix pratiqués dans les grandes surfaces augmentaient de 5%. Or si l’industrie agroalimentaire réalise 21% de son chiffre d’affaires avec un excédent commercial de 7,6 milliards d’euros – ce qui en fait le quatrième exportateur mondial dans ce secteur derrière les Etats-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas -, seules 20% des entreprises exportent, car elles sont fragilisées.

Destruction de valeur de 1 milliard d’euros par an

Cette fragilité provient d’une destruction de valeur qui atteint 4 milliards d’euros sur les quatre dernières années. Cette filière vient d’enregistrer 45 mois consécutifs de déflation. Et les premiers mois de 2018 ne semblent pas se présenter avec un visage plus souriant. Toujours ces fameuses négociations avec la grande distribution.

Selon l’Observatoire des négociations commerciales lancé le 5 mars dernier (120 entreprises interrogées), 81% d’entre elles ont été confrontées à des demandes de déflation de principe et 78% à des refus de hausse de tarifs. Dans 71% des cas, la hausse des prix des matières premières n’a pas été prise en compte, 69% ont subi des menaces de déréférencement, et 22% ont subi des déréférencements effectifs en cours de négociation. Au final, près de la moitié des entreprises ont signé en déflation (moyenne de -1,2%).

Quant à la charte de bonnes pratiques signée par tous les acteurs pour ces négociations, elle semble donc n’avoir aucun effet. Selon les remontées de terrain enregistrées par l’ANIA, les acheteurs répètent bien souvent : « la charte, on s’assoit dessus… ». Elle évoque aussi un chiffre significatif : 18% des produits sont vendus à perte. Les entreprises françaises sont fragilisées. « Si cela continue encore quelques années, il y aura des plans sociaux, car on ne peut pas continuer avec des marges aussi faibles », s’alarme Jean-Philippe Girard. La France prend du retard en terme de compétitivité.

Elle enregistre au cours des dix dernières années une baisse, selon Eurostat de 14,5% de sa valeur ajoutée, alors qu’elle est stable en Allemagne (+0,7%), mais qu’elle progresse de 11% au Royaume-Uni et de 22% en Espagne. En Europe, la moyenne est de + 13,7%. Pour gagner en compétitivité, l’industrie agroalimentaire française doit retrouver des marges pour investir et se développer à l’export.

Et l’ANIA ne voit qu’une solution, la future loi sur l’alimentation prévue pour cet été. « Elle doit créer un cercle vertueux pour recréer de la valeur tout au long de la chaîne et son impact sera marginal au niveau du consommateur – + 50 centimes par mois et par personne – contrairement aux chiffres annoncés par l’UFC Que choisir et les campagnes de désinformation en pleine page payées par un distributeur. » L’Association demande donc une loi dure qui renforce les contrôles, durcisse le montant des amendes pour les rendre dissuasives contre les reventes à perte. Les industriels qui avaient l’oreille du gouvernement au moment des Etats généraux de l’alimentation seront-ils suivis au moment de rédiger la future loi.

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