La relève, nouvelles personnes, nouvelles idées.

Par Geneviève Quessy

En prenant la relève de la ferme familiale, Carl Bouchard, sa soeur Annie, et leur partenaire, Valérie Lefebvre, ont donné un second souffle à l’entreprise. Avec un nouveau nom et une image revampée au goût du jour, La Ferme des Chutes de Saint-Félicien, au Saguenay – Lac-Saint-Jean, est devenue Bouchard Artisan Bio, un virage entrepris dans un esprit de continuité.

« Ce n’est pas pour renier le passé qu’on a fait ce choix, au contraire. C’est pour honorer le travail incroyable accompli par la famille Bouchard, qui travaille en bio depuis 40 ans et qui a développé des fromages d’exception. C’est un changement, mais dans la continuité », explique Valérie Lefebvre, nouvelle copropriétaire.

Cinq générations de Bouchard se sont succédé sur cette magnifique terre de Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dans leur verdoyant pâturage semé de légumineuses, les vaches laitières broutent en paix, avec vue sur la tumultueuse rivière Ashuapmushuan et les rapides des Chutes-à-Michel. Depuis 1978, aucun produit chimique n’a été utilisé dans ce bel environnement.

Maintenir… ce qui fait leur marque
Pour les enfants Bouchard, impossible de remettre le bio en question : « Le choix de rester en bio était évident, je n’ai connu que ça », dit Carl Bouchard, 42 ans, qui s’occupe du troupeau depuis 2008. Déjà copropriétaire de la ferme avec son père, Gérard, et son oncle Rodrigue, c’est avec soulagement qu’il a vu sa sœur, Annie, 44 ans, accompagnée de sa copine, Valérie Lefebvre, 48 ans, venir les rejoindre il y a deux ans.

« Si elles n’étaient pas venues prendre la relève de la fromagerie, on allait la fermer. La production agricole, c’est une chose, et la fromagerie et la mise en marché, c’est autre chose. Ça devenait lourd comme charge », dit le paternel Gérard Bouchard, âgé de 70 ans. Avec son frère Rodrigue, qui a 71 ans, il demeure impliqué à la ferme, mais bientôt, ils prendront une retraite bien méritée.

« Quand on a l’ancienne génération avec nous pendant 10 ans, ça permet un transfert réussi », dit son fils Carl.

Honorer… les bâtisseurs
Ce bel héritage, pas question de le renier. En prenant la relève, les nouveaux propriétaires ont souhaité rendre hommage à leurs prédécesseurs.

« On a commencé par étudier la situation et on s’est rendu compte qu’il fallait refaire l’image de marque. À part pour les gens de la région, le nom Ferme des Chutes, qui réfère à un lieu géographique, les Chutes-à-Michel, ne veut rien dire. Grâce à une subvention du MAPAQ, on a pu avoir les conseils d’un spécialiste qui nous a suggéré de mettre le nom de la famille Bouchard en avant-plan. Il fallait aussi que nos méthodes artisanales et le fait qu’on travaille en bio depuis 40 ans soient évidents. On a donc choisi de renommer la fromagerie Bouchard Artisan Bio. Aujourd’hui, les gens veulent savoir
d’où vient ce qu’ils mangent. Ils achètent l’histoire d’un produit », explique Annie Bouchard. Et ça tombe bien, une histoire, les Bouchard en ont une.

Le visuel des étiquettes a été refait, et certains noms de fromages ont été changés. « C’était le bon moment pour faire ces changements, avant qu’on soit trop connus », dit Annie.

S’il y a eu des questionnements au départ, les consommateurs semblent suivre le virage du changement d’identité. « Ça fait 25 ans que la fromagerie est là, alors c’est certain que les gens de la région y sont attachés. Ils ont posé des questions au début, mais quand on leur explique pourquoi on a fait ça, ils comprennent », explique Valérie Lefebvre.

Augmenter les ventes… voilà le prochain objectif
« L’important, c’est que les consommateurs sachent que c’est toujours le même bon fromage, fait à partir du même bon lait », dit Carl Bouchard, qui poursuit la tradition, en nourrissant ses vaches de foin sec et de grains produits sur la ferme, en plus de les laisser pâturer à volonté.

Depuis que la relève et le changement de nom de la fromagerie ont été officialisés en novembre 2017, un an s’est écoulé et les ventes ont commencé à augmenter, tel qu’espéré.

« On le voit surtout au niveau du yogourt. Et cet été, l’achalandage à la fromagerie a augmenté », dit Annie Bouchard.

Ouvrir de nouveaux marchés sera une étape essentielle pour augmenter les ventes. « Nos fromages sont très présents dans notre région, mais pas assez dans les autres régions du Québec. On veut développer ça, toujours en privilégiant les circuits courts. »

Développer… de nouveaux produits
La fabrication du yogourt, du cheddar et du brick continue. Les fromagers ont aussi développé un nouveau fromage. « C’est un fromage aux bleuets ! On avait l’équipement pour le faire. Maintenant, pour développer d’autres produits, il faudra s’asseoir et réfléchir à ce qu’on veut faire. »

Une chose est sûre, la qualité des produits restera au rendez-vous. « Nos fromages ont quatre attributs qu’on va conserver : en plus d’être certifiés biologiques, ce sont des produits fermiers, et ça on y tient beaucoup, car on transforme le lait de notre ferme. Ce sont des produits boréals, puisqu’on est géographiquement au nord, et artisanaux, de par nos méthodes de production. »

Annie Bouchard souhaite trouver un maître fromager pour permettre à son oncle Pierre, 63 ans, qui est là depuis les tout débuts de la fromagerie, ainsi que Lyse Rosa et Suzie Brassard, les deux autres cédantes qui y travaillent toujours, de prendre éventuellement leur retraite.

« C’est un grand défi de trouver un fromager sur qui on peut compter. Quand on aura cette personne-là, elle pourra nous aider à développer de nouveaux produits. On saura ensuite de quels équipements on a besoin pour agrandir la fromagerie. Tout ça s’imbrique ! »

Les nouvelles fromagères comptent se faire accompagner par des experts dans leur réflexion. « Ça va demander de gros investissements d’agrandir la fromagerie. On va y aller petit à petit », dit Annie.

Innover… dans la continuité
Tous ces changements, Gérard Bouchard les voit d’un bon œil. Celui qui a pris le virage bio avec ses frères, il y a 40 ans, avant tout le monde, est toujours prêt à innover. Par contre, bien avant de viser être le premier, c’est le bien-être de ses animaux et de son terroir qui motive ses décisions quant il s’agit de changer ses pratiques.

Carl Bouchard est un digne fils de son père. Travailler dans la continuité tout en innovant, c’est ce qu’il fait. « On continue ce qui marche bien tout en étant toujours à la recherche de ce qu’on pourrait mieux faire. Parfois, on essaie des choses. Cette année, par exemple, on a rajouté des pois au régime du troupeau, en plus du blé, de l’orge et de l’avoine qu’on lui donne habituellement. On verra ce que ça donne. »

Être à l’écoute de son terroir, c’est le secret selon lui. « Dans le bio, c’est du cas par cas. On ne fait pas dans la standardisation. Chaque terroir est unique et il faut être à l’écoute. Quand on respecte la nature, on sait ce qu’on a à faire. »

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