François Gendron au MAPAQ

On a dit depuis des mois que la table était mise pour qu’enfin soit énoncée une Politique Agroalimentaire Québécoise.
François Gendron, le nouveau ministre de l’Agriculture des Pêcheries et de l’Alimentation, n’aurait donc qu’à réécrire, dans ses mots et dans la vision de son gouvernement fraîchement élu, le texte tant attendu.

Par Lionel Levac

Certes la première ministre, Pauline Marois a laissé entendre qu’il faudrait y aller rondement pour enfin doter le Québec d’une telle politique. Mais pas question pour elle de reprendre au compte de son gouvernement, le Livre Vert qui semblait constituer la plus récente base de travail du gouvernement libéral et du ministre Pierre Corbeil.

En rencontre pré-électorale avec les membres du conseil général de l’Union des Producteurs Agricoles (UPA), Pauline Marois a dit que serait tenu un Sommet de l’Agriculture, dans un délai assez court et que, par la suite, serait rédigé et déposé à l’Assemblée Nationale le texte de la Politique Agroalimentaire que tout le secteur réclame et attend.

Selon les «spéculations» les plus logiques, le Sommet pourrait avoir lieu quelque part en février ou en mars 2013 et le dépôt de la Politique avant l’ajournement des travaux parlementaires, c’est à dire quelque part en mai ou en juin.
Il faudra voir si ce texte d’orientation de l’agroalimentaire québécois ira aussi loin que celui qu’annonçait le gouvernement libéral, c’est à dire un plan assez vaste de réforme législative.

En campagne électorale, à la fin de l’été, on a pu constater que les quatre partis se faisant la lutte logeaient tous à la même antenne quant aux objectifs à viser. L’agroalimentaire québécois doit de plus en plus viser l’excellence, la diversité, la satisfaction des consommateurs, se préoccuper de santé par l’alimentation, encourager les productions de créneau, du terroir, de proximité. Il doit aussi rendre plus facile l’accès des produits aux réseaux commerciaux. Et l’agroalimentaire québécois doit plus que jamais constituer une pierre angulaire de l’économie du Québec et de ses régions.
En gros, Le Parti Libéral du Québec, le Parti Québécois, Québec Solidaire et la Coalition Avenir Québec se sont montrés d’accord avec ces idées.

Cependant, aucun n’a véritablement abordé les moyens à prendre et les outils à développer pour donner un nouvel élan à l’agroalimentaire. On n’a pas discuté de l’importance de resserrer les liens et de donner des moyens et du soutien équilibré aux secteurs de la production et de la transformation. On n’a pas discuté ouvertement de la mise en marché, un dossier où pourtant chauffent toujours de bonnes braises.
Doit-on assouplir les mécanismes conférant l’exclusivité aux agences de mise en marché? Doit-on permettre par exemple davantage de productions, encadrées bien sûr, mais opérant en parallèle de systèmes comme la gestion de l’offre?
Il ne fut point question non plus de la nature des interventions possibles pour faciliter l’offre des produits québécois, mis à part la reconnaissance qu’Aliments du Québec est un pas important et efficace dans la bonne direction. On n’a pas parlé non plus de la possibilité que les transformateurs alimentaires puissent s’adresser au Ministère du Développement Économique plutôt qu’à celui de l’Agroalimentaire comme interlocuteur gouvernemental et fournisseur de services divers à cet important secteur.
Cela nous amène à constater de nouveau que les budgets disponibles sont de moins en moins importants… et pour la production et pour la transformation.

La Financière Agricole a certes des enveloppes confirmées pour ses programmes, en particulier de sécurité du revenu des agriculteurs. Mais le système devient de plus en plus fragile, la part de ces sommes venant du gouvernement fédéral ayant encore été révisée à la baisse lors de la ratification, à la mi-septembre, (en l’absence d’un ministre québécois… pas encore nommé) de la nouvelle version de la politique agricole canadienne, Cultivons l’Avenir.

Pour ce qui est de la transformation, les programmes d’aide, sous le chapeau du MAPAQ sont peu nombreux… et de toute façon la caisse est vide.
Il faudrait donc, si l’on souhaite véritablement, comme le disent et l’espèrent des représentants des producteurs et des transformateurs, travailler plus étroitement pour le développement de l’agroalimentaire québécois et son renforcement face à une concurrence soutenue et organisée de la part des très gros joueurs de l’extérieur, que l’on règle une fois pour toute cette question du guichet le plus efficace pour le secteur de la transformation.
Et à tout cela s’ajouteront les incontournables questions en lien avec la politique de la ruralité, le soutien aux régions, la décentralisation de pouvoir, des assouplissements possibles au zonage agricole et même l’exclusivité syndical de l’UPA.
Quoique là-dessus, en rencontre fermée, Pauline Marois aurait confirmé qu’elle n’entend pas remettre en question le rôle exclusif de l’Union des Producteurs Agricoles en tant qu’interlocuteur de la classe agricole. A l’épicerie comme au marché public, que l’on soit de ceux qui remplissent les tablettes ou de ceux qui y font des choix et placent des produits dans leur panier… tout cela peut paraître lointain, farfelu, voire inutile comme débat. Il faudra au contraire au nouveau gouvernement traiter de toutes ces questions. Des positions qui seront prises dépendent le climat et le contexte des relations entre les partenaires et l’efficacité générale du monde agroalimentaire québécois.

Le nouveau ministre François Gendron sera rapidement baigné dans cette soupe. Quelle saveur lui donnera-t-il?
Chose certaine, le temps sera compté pour lui car le contexte politico-électoral placera rapidement le Gouvernement Marois de nouveau devant l’électorat.
François Gendron a en sa faveur une large expérience politique, parlementaire et gouvernementale. Il est aussi vice-premier ministre. Le titre lui conférera-t-il automatiquement plus de poids dans la défense des dossiers agroalimentaires? Encore là il lui faudrait montrer son jeu, rapidement.
François Gendron, député d’Abitibi Ouest en est à son dixième mandat à l’Assemblée Nationale. Il succède, comme ministre à son ex-voisin de comté, Pierre Corbeil, défait le 4 septembre.
Le chef de Cabinet du nouveau ministre est André Simard, candidat défait du Parti Québécois dans Côte du Sud. M. Simard a une longue expérience du monde agroalimentaire. On le connaissait surtout jusqu’à ces dernières années comme directeur de l’Institut de Technologie Agroalimentaire du Québec, autant pour le campus de Lapocatière que celui de St-Hyacinthe.

 

Photo: site Internet PQ

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