Dans un contexte où les filières agroalimentaires sont appelées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), la production québécoise d’œufs se distingue par une performance environnementale remarquable et une volonté affirmée d’aller encore plus loin. C’est ce que révèle une étude d’envergure menée par la Fédération des producteurs d’œufs du Québec (FPOQ) et le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ), qui dresse un portrait détaillé des émissions de GES de 31 fermes représentant environ 15 % de la production provinciale.
L’objectif : comprendre les sources d’émissions, identifier les leviers d’amélioration et orienter les actions futures de la filière.
Une empreinte carbone parmi les plus faibles au monde
Selon l’analyse, produire une douzaine d’œufs au Québec génère en moyenne 1,3 kg d’équivalent CO2. Pour donner un ordre de grandeur parlant, cela correspond aux émissions d’une voiture compacte parcourant environ 5 km. Une comparaison simple qui illustre bien la faible empreinte carbone de l’œuf québécois, déjà l’une des protéines animales les plus durables.
Cette performance s’explique par plusieurs facteurs : une électricité presque entièrement renouvelable, des infrastructures modernes, une gestion rigoureuse des intrants et une efficience alimentaire élevée. Le rapport souligne que « la moyenne des émissions totales de GES liées à la production d’œuf s’élève à 1,3 kg d’équivalent CO2 par douzaine d’œufs », un résultat nettement inférieur à la moyenne canadienne et à celle de nombreux pays producteurs.
Comment se compare l’empreinte carbone des œufs québécois?
Le Québec parmi les meilleurs au monde
Avec 1,3 kg éq. CO2 par douzaine, les producteurs d’œufs québécois se classent parmi les plus performants de la planète.
| Région / Pays | Empreinte carbone (kg éq. CO2 / douzaine) |
| Québec | 1,3 |
| Canada (moyenne) | 1,7 |
| Angleterre | 2,1 |
| Australie | 2,2 |
| Espagne | 2,6 |
| Monde (moyenne) | 3,4 |
L’alimentation : un poste majeur, mais un choix responsable
Comme dans la plupart des productions animales, l’alimentation représente la plus grande part des émissions, soit environ 74 % de l’empreinte totale. Cette proportion s’explique notamment par la présence de farines et de gras d’origine animale, qui comptent pour près de 50 % de l’empreinte carbone des moulées.
Cependant, il serait réducteur d’en conclure qu’il faut éliminer ces ingrédients. Les farines et gras animaux sont des sous-produits valorisés de l’industrie de la viande. Les retirer des moulées entraînerait leur mise au rebut, augmentant le gaspillage et les impacts environnementaux associés. Leur usage demeure donc cohérent avec une logique d’économie circulaire et continuera d’être privilégié par les producteurs.
Le véritable levier : la gestion des fumiers
Si l’alimentation domine l’empreinte carbone, la filière des œufs identifie aujourd’hui un autre levier beaucoup plus prometteur pour réduire ses émissions : la gestion des fumiers. Les fientes de poules, lorsqu’elles sont humides, favorisent la formation de méthane (CH4), un gaz dont le potentiel de réchauffement est 28 fois plus élevé que celui du CO2. Le défi consiste donc à limiter cette transformation biologique en réduisant l’humidité du fumier.
C’est dans cette optique qu’une recherche majeure pilotée par l’Institut de recherche et de développement en agriculture (IRDA) sera lancée. Son objectif : déterminer le point optimal de séchage du fumier pour minimiser la conversion du carbone des fientes en méthane, tout en maintenant des conditions d’élevage sécuritaires et efficaces. Les pratiques de séchage, d’entreposage et de fréquence d’évacuation influencent fortement les émissions, mais les données scientifiques manquent pour quantifier précisément ces effets.
Une filière mobilisée et tournée vers l’avenir
L’étude du CDAQ et de la FPOQ constitue une base solide pour guider les actions futures. Elle confirme que la production d’œufs au Québec est déjà l’une des plus performantes au monde, tout en identifiant des leviers concrets pour progresser. Dans un marché où les consommateurs recherchent des aliments à faible impact environnemental, l’œuf québécois a tout pour devenir une référence en matière de production responsable.
Source : Les Producteurs d’oeufs du Québec

