Le Conseil de l’innovation du Québec dévoile une étude sur le secteur de la fabrication de machines

Un paradoxe à résoudre : 10 % du PIB investi en R-D, mais une productivité qui stagne

MONTRÉAL – Le Conseil de l’innovation du Québec dévoile aujourd’hui une étude approfondie sur le secteur de la fabrication de machines au Québec, un acteur stratégique de 4,2 milliards de dollars de PIB et près de 40 000 emplois. Réalisée en collaboration avec l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) et enrichie par une consultation auprès d’entrepreneurs et d’experts du milieu, cette analyse révèle un paradoxe frappant : malgré des investissements massifs en innovation réalisés par ce secteur, les gains de productivité demeurent limités.

 

Un investissement en R-D qui ne se traduit pas en gains de productivité

L’étude met en lumière un constat surprenant : en 2022, le secteur a investi plus de 10 % de son PIB en recherche et développement, soit plus du double de l’Ontario (environ 4 %). Bien que le Québec ait investi sensiblement plus que sa province voisine entre 2018 et 2022, la productivité n’a progressé que de 2,7 % entre 2013 et 2023, alors qu’elle bondissait de 37 % en Ontario pour ce même secteur.

Les investissements en R-D servent principalement à adapter les produits aux besoins unitaires des clients, plutôt qu’à transformer les procédés de fabrication. Cette personnalisation ne se traduit toutefois pas par la création de nouvelles gammes ou lignes de produits reproductibles destinées au marché, ce qui limite les retombées des investissements à des gains ponctuels.

Pendant ce temps, la pénurie de main-d’œuvre s’accentue : le taux de postes vacants est passé de 3,8 % en 2018 à 6,1 % en 2023, aggravant les tensions opérationnelles et limitant la capacité d’innovation.

 

Une dépendance aux importations qui expose l’économie

L’étude révèle également que le Québec est un importateur net de machines. Cette dépendance expose non seulement le secteur, mais l’ensemble des industries manufacturières aux fluctuations tarifaires et aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement. Dans le contexte actuel d’incertitude commerciale, cette vulnérabilité devient particulièrement préoccupante.

L’analyse identifie toutefois des opportunités stratégiques : en développant une expertise ciblée dans des créneaux où le Québec excelle déjà — équipements forestiers, machinerie minière, technologies agricoles — le secteur pourrait à la fois réduire cette dépendance et positionner le Québec comme fournisseur de référence pour des technologies spécialisées.

 

Trois axes pour maximiser le potentiel

L’étude propose trois leviers de transformation pour le secteur :

  1. Innovation opérationnelle : Réorienter une part des efforts d’innovation vers l’automatisation, la numérisation et l’intelligence artificielle afin d’améliorer la productivité des opérations.
  2. Souveraineté industrielle ciblée : Miser sur des niches stratégiques où le Québec détient des avantages comparatifs, plutôt que de chercher à tout produire localement, et mobiliser l’achat public comme levier lorsque pertinent.
  3. Capital humain et collaboration : Investir dans la formation continue et favoriser le maillage entre entreprises pour partager expertise et ressources face aux défis communs.

 

Citations

« Ce secteur est stratégique pour toute l’économie québécoise. Il équipe nos mines, nos forêts, nos usines agroalimentaires et nos chantiers de construction. Les leviers de transformation identifiés contribueront à ce que les fabricants de machines du Québec soient ainsi positionnés non seulement comme des créateurs de richesse, mais également comme les leaders incontournables de la transition écologique industrielle. » Et d’ajouter : « En changeant notre rapport à l’innovation, on change aussi notre impact sur la planète. »
–  Luc Sirois, innovateur en chef du Québec et directeur général du Conseil de l’innovation du Québec

« Il n’y a pas de solution unique pour le secteur manufacturier. Les réponses passent par une meilleure compréhension des réalités des entreprises et par des actions adaptées, concrètes et réalistes. »
–  Julie White, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec

« L’usine 4.0 doit être envisagée comme un levier stratégique, pas une fin en soi. L’automatisation, la connexion des machines, l’utilisation des logiciels et de l’intelligence artificielle, appuyées par les données, permettent de prendre des décisions plus éclairées, de renforcer le capital humain et d’améliorer durablement la productivité. »
–  Érick Villeneuve, président de APF Villeneuve et président du CA du créneau Alliance Métal Québec

« L’étude met en lumière une réalité bien connue des entreprises du secteur. L’innovation est essentielle. Présentement, elle sert avant tout à maintenir la compétitivité plutôt qu’à générer des gains de productivité spectaculaires. La R&D vise principalement à améliorer des produits existants et à répondre à des besoins clients de plus en plus complexes. »
–  Nancy Allaire, directrice du Créneau Conception et fabrication de machines. 

« Comme le secteur de la fabrication de machines conçoit principalement des produits sur mesure, les sommes investies au cours des dernières années en R et D ont majoritairement été pour le développement de produits. Ainsi, elles n’ont pas nécessairement mené à des gains de productivité significatifs. En misant, notamment, sur les avancées technologiques récentes et les progrès de l’intelligence artificielle, les entreprises, souvent de petite taille, pourront améliorer leur productivité dans les années à venir. »
–  Richard Blanchet, président directeur général, STIQ

 

À propos du Conseil de l’innovation du Québec

Le Conseil de l’innovation du Québec a pour mission de dynamiser l’innovation au sein des entreprises et de la société québécoise. Son équipe participe à la promotion et au développement d’une culture d’innovation en favorisant la mobilisation des leaders régionaux et sectoriels. Elle accompagne les entreprises dans leurs projets d’innovation en les aiguillant vers les expertises et les possibilités de financement répondant à leurs besoins. Le Conseil de l’innovation vise ainsi à multiplier les retombées économiques, sociales et environnementales dans toutes les régions, dans les secteurs-clés, pour l’avenir du Québec.

 

À propos de l’étude

Le Conseil de l’innovation du Québec, par le biais de son Baromètre de l’innovation, poursuit ses efforts visant à mesurer l’innovation et son contexte, notamment à travers des rapports sur des secteurs stratégiques pour l’avenir et la résilience du Québec.

Cette analyse détaillée résulte d’une collaboration entre le Conseil de l’innovation du Québec (CIQ) et l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC). Elle vise à alimenter la mobilisation des acteurs et leaders du milieu afin de soutenir le développement et l’intégration de l’innovation dans le secteur de la fabrication de machines, un secteur clé de l’économie québécoise. L’étude est dévoilée dans le cadre d’un webinaire organisé par le Conseil de l’innovation du Québec le 15 janvier 2026.

Pour télécharger l’étude complète : https://conseilinnovation.quebec/fabrication-de-machines-defis-et-opportunites-du-secteur/ 

 

SOURCE Conseil de l’innovation du Québec