Pourquoi le conflit avec l’Iran pourrait faire grimper votre facture d’épicerie

« Les conflits mondiaux finissent presque toujours par apparaître sur les factures d’épicerie. »

Si les tensions persistent, les prix alimentaires au Canada pourraient en ressentir les effets.

Le point névralgique est le détroit d’Ormuz, cette étroite voie maritime entre l’Iran, les Émirats arabes unis et Oman. Il s’agit de l’une des artères les plus importantes de l’économie mondiale. Environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, 23 % du gaz naturel et près de 30 % des engrais chimiques mondiaux transitent par ce corridor chaque année. Ce détroit n’est pas un simple point de passage régional. C’est un véritable goulot d’étranglement mondial.

Contrairement à l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie il y a quatre ans — lorsque les marchés s’inquiétaient surtout de l’accès au blé et aux céréales — la crise actuelle concerne d’abord l’énergie et les intrants industriels.

Le transport maritime dans le détroit ralentit déjà. Les opérateurs de cargaisons deviennent prudents et les assureurs augmentent les primes liées aux risques de guerre. Lorsque l’assurance disparaît, les navires disparaissent souvent eux aussi.

Les marchés des engrais sont particulièrement vulnérables. Le Moyen-Orient est un important exportateur d’urée et d’ammoniac, deux intrants essentiels pour la production agricole mondiale. Toute perturbation prolongée fera grimper les coûts.

Les agriculteurs chez nous tentent de se protéger en achetant leurs intrants plusieurs mois à l’avance. Mais cette protection n’est jamais totale. Une partie des engrais est achetée tôt, mais d’autres achats demeurent exposés aux fluctuations des marchés mondiaux. Quant au diesel, il reste la véritable inconnue.

Les marchés de l’énergie ont déjà réagi. Le pétrole a grimpé d’environ 13 % depuis lundi. Les prix du gaz naturel ont bondi de près de 30 % dans certaines régions. Le diesel augmente entre 8 % et 13 %. Les prix des matières premières agricoles — blé, soya, lait — progressent légèrement, sans provoquer de panique sur les marchés.

Pour le Canada, la principale inquiétude concerne les coûts de transport dans l’ensemble de la chaîne alimentaire.

Si le diesel devait augmenter de 25 % dans un scénario de conflit prolongé avec l’Iran, à de mettons — combiné à la hausse prévue du prix industriel du carbone au Canada le 1ᵉʳ avril — l’effet sur l’inflation alimentaire pourrait devenir perceptible. Le prix industriel du carbone passera de 95 $ à 110 $ la tonne. Oui, cette taxe est toujours là.

Nos modèles suggèrent que cette combinaison pourrait ajouter entre 0,4 et 0,7 point de pourcentage à l’inflation alimentaire nationale d’ici mai ou juin. Cela peut sembler modeste. Mais chaque point de pourcentage d’inflation alimentaire représente environ 150 $ à 200 $ de dépenses supplémentaires par année pour un ménage canadien moyen. Les fruits et légumes frais ainsi que la viande seraient probablement les plus touchés.

Et les Canadiens sont déjà sous pression. Selon les données les plus récentes de Statistique Canada, les prix des aliments augmentent actuellement à un rythme annuel de 7,3 %, bien au-dessus du taux d’inflation global du pays, qui se situe autour de 2,3 %.

Mais la tarification du carbone n’est qu’une partie de l’équation. Le carburant utilisé dans l’ensemble du système alimentaire — des machines agricoles aux camions, en passant par le rail et les installations de transformation — est également soumis à d’autres prélèvements : taxes d’accise fédérales, taxes provinciales sur le carburant et taxes de vente comme la TPS ou la TVH appliquées à l’achat de carburant. Malgré certaines exemptions, ces prélèvements augmentent les coûts transactionnels pour tous les acteurs de la distribution alimentaire au Canada.

Pris individuellement, ces coûts peuvent sembler gérables. Mais ensemble, ils s’additionnent. Lorsque les prix mondiaux de l’énergie augmentent au même moment que ces taxes liées au carburant demeurent intégrées dans la chaîne d’approvisionnement, la pression sur les coûts de production, de transformation et de transport alimentaire s’accentue.

Cela dit, les chocs énergétiques à eux seuls provoquent rarement une inflation alimentaire durable. Les taux de change, les coûts de main-d’œuvre et les marchés mondiaux des matières premières jouent généralement un rôle beaucoup plus important.

La véritable question, désormais, est la durée du conflit.

Si le conflit s’estompe rapidement, l’impact sur les marchés devrait rester limité. S’il s’enlise, les coûts se propageront dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Choc énergétique mondial. Hausse du prix du carbone au pays.

Quel timing.

Dr. Sylvain Charlebois/Professor/Professeur Titulaire
Senior Director/Directeur Principal
AGRI-FOOD ANALYTICS LAB/LABORATOIRE DE SCIENCES ANALYTIQUES EN AGROALIMENTAIRE

CO-HOST, The Food Professor Podcast