Forte hausse de l’emploi dans l’industrie bioalimentaire au Québec

Rédaction :Josée Robitaille, de la Direction de la planification, des politiques et des études économiques

Le marché du travail dans le secteur bioalimentaire a fait des gains considérables en 2017 à raison d’une création de 11 477 postes. C’est la première fois depuis 10 ans que le nombre est aussi élevé. Contrairement à l’ensemble de l’économie québécoise qui a montré un certain rattrapage par rapport à la faiblesse de 2016, l’industrie bioalimentaire connaît une réelle embellie du marché du travail depuis 2015. Et 2018 s’annonce positif!

L’industrie bioalimentaire assure plus de 12 % de l’emploi de l’économie québécoise. Forte d’un produit intérieur brut (PIB) de 25,5 G$, elle a contribué positivement au marché du travail en fournissant 11 477 emplois de plus en 2017 par rapport à 2016, pour atteindre un total de 509 344. Il s’agit d’une augmentation annuelle de 2,3 %, soit un pourcentage équivalant à celui de l’ensemble des secteurs d’activité au Québec. Ainsi, depuis 2015, la création d’emplois s’accélère dans l’industrie.

FIGURE 1. ÉVOLUTION DU NOMBRE D’EMPLOIS DANS L’INDUSTRIE BIOALIMENTAIRE AU QUÉBEC DE 2013 À 2017
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Sources : Statistique Canada et Pêches et Océans Canada; estimations et compilation du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ).

Ce vent favorable est à l’image de la croissance des activités économiques de l’industrie, mesurée selon l’évolution du PIB réel. Depuis 2015, le PIB bioalimentaire du Québec a crû de plus de 10 %, ce qui est exceptionnel. En comparaison, de 2007 à 2015, la hausse a été de 5,7 %.

FIGURE 2. CROISSANCE DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE (PIB) ET DES EMPLOIS DANS L’INDUSTRIE BIOALIMENTAIRE ET DANS L’ENSEMBLE DU QUÉBEC DE 2015 À 2017
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Sources : Statistique Canada et Pêches et Océans Canada; estimations et compilation du MAPAQ.

L’industrie bioalimentaire québécoise a tiré parti de nombreux facteurs, notamment les suivants :
– La bonne croissance de l’économie mondiale, soit 3,8 % en 2017, qui représente un sommet depuis 7 ans. Les exportateurs bioalimentaires sur les marchés internationaux en ont tiré avantage.
– L’élan des économies canadienne et québécoise qui ont profité de la vigueur de l’économie mondiale et de l’augmentation des dépenses des ménages.
– La saison touristique exceptionnelle au Québec en 2016 et en 2017, qui a favorisé le secteur des services alimentaires (restaurants, traiteurs, etc.).

TOUS LES SECTEURS ONT CONTRIBUÉ AU MARCHÉ DU TRAVAIL EN 2017
La progression de l’emploi bioalimentaire est généralisée dans tous les secteurs de l’industrie.

FIGURE 3. CRÉATION D’EMPLOIS PAR SECTEURS DE L’INDUSTRIE BIOALIMENTAIRE AU QUÉBEC EN 2017 (NOMBRE)
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Note : Les données provinciales relatives à l’agriculture ont une marge d’erreur élevée.
Note : Les magasins d’alimentation ne comprennent pas les nouveaux acteurs comme Walmart, Costco, Dollarama, etc., car les données qui les concernent ne sont pas disponibles.
Sources : Statistique Canada et Pêches et Océans Canada; estimations et compilation du MAPAQ.

Les établissements de restauration et les débits de boissons ont grandement contribué à la progression de l’emploi avec 6 342 travailleurs de plus en 2017, par rapport à 2016. Il s’agit d’une hausse de 2,9 %, ce qui porte le nombre à 224 844 emplois. Le secteur de la transformation alimentaire a procuré 4 091 nouveaux emplois la même année, pour un total de 69 688 emplois. Dans l’agriculture et dans les pêches et l’aquaculture, le nombre de travailleurs s’est accru de 502 pour s’établir à 60 824. Les magasins d’alimentation ont créé 476 emplois pour un total de 125 599, c’est-à-dire une amélioration de 0,4 % par rapport à 2016. Finalement, dans le commerce de gros (produits agricoles, aliments, boissons et tabac), le nombre a augmenté de 0,2 % et s’établissait à 28 389 travailleurs.

DES SECTEURS SE DISTINGUENT DAVANTAGE EN MATIÈRE DE CRÉATION D’EMPLOIS CES DERNIÈRES ANNÉES
L’analyse des cinq dernières années révèle que le marché du travail dans l’industrie bioalimentaire a réalisé des gains surtout grâce aux secteurs des services de restauration (+8 %), de la fabrication des aliments (+9 %), des boissons et du tabac (+28 %) ainsi que de l’agriculture (+5 %). En ce qui regarde les grossistes, le nombre d’emplois a progressé de 1 %, tandis qu’il a reculé de 2 % dans les magasins d’alimentation. Ces derniers, parvenus à maturité, ont connu une forte période de consolidation face à une concurrence grandissante, qui s’est traduite par une série de fusions, d’acquisitions et de regroupements d’enseignes.

FIGURE 4. COMPARAISON DES SECTEURS BIOALIMENTAIRES EN MATIÈRE DE CRÉATION D’EMPLOIS DE 2013 À 2017, AU QUÉBEC (INDICE 2013=100)
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Note : En raison de changements méthodologiques dans les données historiques des emplois dans les pêches, ce secteur n’est pas représenté dans le graphique.
Note : Les magasins d’alimentation ne comprennent pas les nouveaux acteurs comme Walmart, Costco, etc., car les données qui les concernent ne sont pas disponibles.
Note : Les données provinciales relatives à l’agriculture ont une marge d’erreur élevée.
Source : Statistique Canada; compilation du MAPAQ.

Au cours des cinq dernières années, le rythme de croissance de l’emploi dans la transformation alimentaire n’a cessé de s’accélérer et il tend à se maintenir dans la restauration.
Dans la transformation alimentaire, les ventes annuelles des fabricants augmentent de manière soutenue depuis 2014 (11 % en moyenne). Le dynamisme du secteur se répercute sur les principaux indicateurs de retombées économiques tels que l’emploi. Aussi, le secteur continue de se distinguer sur le plan de la croissance économique. Deux facteurs ont facilité cet essor, à savoir :
– la vigueur de la demande alimentaire québécoise. Une économie vigoureuse, un taux de chômage très bas ainsi que le recul des prix de nombreux produits alimentaires ont incité les ménages à dépenser davantage pour leur alimentation.
– et celle des marchés d’exportation internationaux. Les transformateurs québécois qui exportent tirent profit de la reprise mondiale. La valeur de leurs exportations bioalimentaires s’est accrue pour une huitième année consécutive, avec un taux de 6% en 2017, entraînant une croissance exceptionnelle de 31 % en 3 ans.

Dans la restauration commerciale, qui accapare 44% des emplois de l’industrie bioalimentaire, l’emploi progresse depuis plus de 10 ans. Notons qu’en 2016 et en 2017 la croissance économique et la saison touristique exceptionnelle qu’a connues le Québec n’ont pas été étrangères au dynamisme des ventes et des emplois dans ce secteur.

Dans l’agriculture, en dépit de la nature très volatile des données provinciales en la matière, plusieurs facteurs dénotent un contexte propice à l’emploi. Par exemple, on constate un accroissement du PIB agricole en 2017 qui atteint un nouveau sommet de 3,6 G$. En s’élevant de 72 M$ par rapport à 2016, le revenu net agricole arrive aussi en 2017 à un nouveau sommet de 1,3 G$.

SI LA TENDANCE SE MAINTIENT, L’ANNÉE 2018 S’ANNONCE FAVORABLE POUR LES EMPLOIS BIOALIMENTAIRES
Suivant les dernières données mensuelles, on constate que le marché de l’emploi en 2018 se comporte semblablement à l’année 2017. Qui plus est, la moyenne de janvier à août 2018 indique que l’emploi bioalimentaire a augmenté (+9 677; +2,2 %) par rapport à la même période de 2017.

FIGURE 5. CRÉATION D’EMPLOIS DANS L’INDUSTRIE BIOALIMENTAIRE AU QUÉBEC DE JANVIER 2017 À AOÛT 2018 (NOMBRE)
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Sources : Statistique Canada; estimations et compilation du MAPAQ.

Par ailleurs, les principaux facteurs ayant favorisé l’essor des activités de l’industrie en 2017, et par le fait même de l’emploi, sont toujours à l’oeuvre. Selon les prévisionnistes, la croissance économique au Québec devrait dépasser 2 % en 2018. À l’échelle mondiale, le Fonds monétaire international prévoit une hausse du PIB semblable à celle de 2017, soit autour de 3,7 %. Aussi, le taux de change entre le dollar canadien et le dollar américain demeure avantageux pour les exportateurs et le tourisme. Les données recueillies par les organismes touristiques laissent entrevoir une bonne saison touristique en 2018. De plus, la confiance des ménages québécois demeure élevée, ce qui alimente la consommation.

Enfin, les secteurs de l’industrie bioalimentaire connaissent tous un taux de postes vacants1 croissant par rapport à 2017, selon les premières données de 2018 publiées par Statistique Canada2. Ainsi, de tels pronostics indiquent un contexte propice à l’emploi cette année.

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1. Le « taux de postes vacants » se définit par le nombre de postes à pourvoir en proportion de la somme de tous les emplois occupés et vacants.
2. Statistique Canada, CANSIM, tableau 285-0002.