Par : Groupe Export agroalimentaire
3e semaine de mai
Au moment où le Québec complète la première année de la Politique bioalimentaire, d’une durée de dix ans, le bilan de la Politique bioalimentaire 2018-2025 permet de mesurer le chemin parcouru par les entreprises d’ici sur les marchés extérieurs. Malgré une période marquée par la pandémie, les perturbations logistiques, l’inflation, les tensions commerciales et l’incertitude géopolitique, les exportations bioalimentaires internationales du Québec ont poursuivi leur croissance, frôlant la cible volontairement très ambitieuse fixée en 2018. Ce contexte invite maintenant à poser une question essentielle : comment maintenir cette progression tout en accélérant la diversification des marchés, devenue un enjeu stratégique en gestion des risques et pour la compétitivité de l’industrie?
Bilan sur la Politique bioalimentaire 2018 – 2025
L’objectif de la Politique bioalimentaire 2018-2025 concernant les exportations bioalimentaires internationales était d’atteindre 14 milliards de dollars à la fin 2025, impliquant une croissance énorme de 6 milliards de dollars en seulement 7 ans.
Quoique la cible s’avérait quasi inatteignable, les exportations bioalimentaires internationales du Québec ont atteint 13,3 milliards de dollars à la fin de l’année 2025. En effet, seulement 700 millions de dollars séparent l’objectif initial de 2018 et les exportations réelles, malgré les nombreuses perturbations qui ont marqué la période 2018-2025.
« La pandémie de 2020 a entraîné l’arrêt quasi complet des salons commerciaux et des activités de développement de marchés, avant une reprise graduelle des échanges internationaux. Les années 2021 et 2022 ont ensuite été marquées par d’importantes perturbations logistiques et par des tensions dans les chaînes d’approvisionnement. Également, en 2023, l’importante baisse de la production porcine québécoise a eu un impact déterminant sur l’atteinte des objectifs. » souligne Martin Lavoie, PDG du Groupe Export agroalimentaire. Se sont ensuite ajoutés les menaces tarifaires, les crises géopolitiques et l’incertitude commerciale exerçant une pression énorme sur les entreprises exportatrices.
Malgré ce contexte, les exportations bioalimentaires internationales du Québec ont progressé de 5,2 milliards de dollars durant cette période. Il faut toutefois nuancer cette progression. Comme dans plusieurs secteurs, l’inflation a contribué à hausser la valeur des exportations, ce qui a pu accentuer la croissance observée en dollars. « Même en tenant compte de l’inflation, les résultats demeurent significatifs et démontrent l’importance des marchés internationaux pour la croissance des entreprises agroalimentaires québécoises. Ce qui est rassurant c’est que nos exportations ne sont plus que l’affaires que du porc et du chocolat, on compte maintenant près de 7 à 8 secteurs qui avoisinent le milliard de dollars. » rajoute M. Lavoie.
Croissance des ventes par pays et par catégorie
La croissance des ventes s’est répartie différemment selon les régions du monde. Durant la période de la Politique bioalimentaire précédente, l’Union européenne et le Mexique ont à peu près doublé leurs importations de produits québécois, soit de 43 % et de 53 % respectivement. Les États-Unis, qui s’avéraient déjà un grand importateur, ont augmenté leur apport en produits d’ici de 38,3 %. Le Québec a également augmenté ses exportations vers le Japon de 10 %, malgré une baisse de 3,2 millions d’habitants au sein de sa population.
Enfin, la Chine a réduit ses importations de produits québécois (-46 %), notamment en raison des tensions commerciales avec le Canada. Il convient toutefois de rappeler qu’au début de la période de référence, les exportations de porc vers ce marché étaient exceptionnellement élevées, en raison de l’épidémie de peste porcine africaine qui touchait alors le plus important cheptel porcin au monde.
Le tableau ci-dessous présente les marchés où les variations ont été les plus marquées. Source : Données d’exportation provenant du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, 2026

Certaines catégories de produits ont également profité d’un engouement certain auprès des consommateurs, tandis que les ventes d’autres catégories ont diminué dans les dernières années. La hausse du coût du cacao a naturellement eu un effet important sur cette catégorie. La hausse du prix des intrants a propulsé la catégorie au premier rang de nos exportations bioalimentaires pour atteindre 2.3 milliards de dollars en 2025. Les produits de boulangerie ont également connu une hausse importante, alors que les transformateurs d’ici bénéficient désormais d’une réputation notable en Amérique du Nord. Or, la catégorie café et thé a connu une diminution importante, surtout dans la dernière année, puisqu’elle est touchée par les tarifs, considérant que ces produits sont considérés hors ACEUM.
Les producteurs agricoles de porc, de grains et céréales, de fruits et légumes, de pommes de terre ainsi que les acériculteurs ont également perçu une hausse significative de leurs exportations.
Le tableau ci-dessous démontre les ventes, en dollars canadiens, de chacune des catégories de produits pour la période 2018 et 2025 en termes d’exportations de produits alimentaires québécois. Source : Données d’exportation provenant du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, 2026

Le futur : nouvelle politique bioalimentaire et nouveaux objectifs
Avec sa nouvelle politique bioalimentaire, portée par la signature Nourrir nos ambitions, le MAPAQ a réaffirmé sa volonté de développer un secteur bioalimentaire à la fois prospère, durable et mieux positionné sur les marchés extérieurs.
En matière d’exportation, les ambitions évoquées sont claires : il faut saisir les occasions offertes par l’émergence de nouveaux marchés, développer des partenariats d’affaires internationaux solides et tirer davantage profit des nombreux accords commerciaux déjà en place. Si les cibles globales de croissance des exportations apparaissent réalistes, la nouvelle politique bioalimentaire visant 15MM$ de chiffre d’affaires d’ici 2035, l’enjeu principal des prochaines années résidera dans la capacité des entreprises à diversifier leurs marchés et à réduire leur dépendance à un nombre restreint de destinations, comme les États-Unis.
« Plusieurs marchés s’avèrent de grands importateurs de produits de commodité québécois; pour les entreprises en transformation alimentaire, c’est plus difficile de s’y intégrer rapidement. Cependant, le Mexique est un marché encore très sous-développé et, pourtant, il est particulièrement ouvert aux produits transformés canadiens dans le contexte actuel. Il est essentiel de poursuivre nos efforts de collaboration et de profiter des ententes commerciales existantes », indique fermement M. Lavoie.
Du côté de l’Asie, des pays comme l’Indonésie ou la Corée du Sud s’avèrent des marchés d’intérêt pour l’avenir, sans oublier les relations commerciales positives avec le Japon. En Europe, l’accès aux Pays-Bas et à la France comme porte d’entrée devient particulièrement intéressant, alors que le pays dispose de l’infrastructure et des équipes nécessaires pour accompagner les entreprises d’ici. Cependant, pour atteindre directement les consommateurs, le Royaume-Uni s’avère l’un des marchés les plus intéressants, notamment en raison d’une certaine similitude en gestion des affaires commerciales.
« Le reste du Canada représente aussi un volume significatif potentiel pour les entreprises québécoises. Bien que distinctes des exportations internationales, ces ventes hors Québec contribuent à la croissance du secteur bioalimentaire d’ici. Quoiqu’il soit impossible de connaître les chiffres réels d’exportation, on évalue qu’ils pourraient être au moins similaires aux exportations vers les États-Unis, soit autour de 9 milliards de dollars dans le reste du Canada », conclut Martin Lavoie.
Enfin, pour atteindre les cibles de diversification des marchés, le Groupe Export continuera d’accompagner les entreprises et d’assurer une présence accrue du Québec dans les salons commerciaux. L’organisation offrira également des formations et des webinaires internationaux axés sur les marchés étrangers, des accueils d’acheteurs ainsi qu’un accompagnement plus ciblé aux entreprises souhaitant adapter leur stratégie de développement international.

